Comment pratiquer l'alchimie végétale en ville? Les leçons de la passiflore

Pratiquer la spagyrie en ville

Histoire d’Annie

Temps de lecture : 5 minutes


Annie vit en France, dans une grande ville. Assistante de gestion dans une multinational, elle navigue depuis des années entre son travail, qu'elle aime, et un intérêt profond pour les soins au naturel et pour la spiritualité. Elle a même intégré des propositions de formations bien-être pour les salariés de son entreprise.


Mais il y a une ombre au tableau. Annie se sent étouffée. Il lui manque de l’air, de l’espace et de sentir ce lien profond avec le vivant. Comme elle le dira elle-même plus tard : « je ne voyais que le béton, les voitures, le bruit , absorbée par mes pensées. ». Les plantes, c’est à la campagne. En ville, elles semblent appartenir au décor.


Et puis il y a le travail. Ces derniers temps, ce n'est pas facile. Les tensions s'accumulent et Annie se sent de plus en plus à l'étroit dans un quotidien qui ne laisse guère de place à ce qui la nourrit profondément.


Annie sent qu'il lui manque quelque chose : quelque chose qui l’aiderait à concrétiser son rêve de campagne, de verdure et de connexion au vivant. 


Il y a deux ans, elle a entamé une formation en phytothérapie. Elle avance, mais elle sent que quelque chose ne se connecte pas encore complètement.


C'est en cherchant sur internet que Annie découvre la spagyrie. Ce qu’elle cherche, c'est ça : une pratique qui intègre à la fois les vertus de la plante ET son énergie. Une approche qui ne soit ni trop mystique, ni trop technique. Elle fait des recherches, pose des questions, observe.


Et puis elle se lance. Pour Annie, intégrer la formation « De la plante à l’élixir » est une décision mûrie, ce n’est pas un coup de tête.


Dès le premier atelier, elle est là, posée, attentive. Elle écoute les autres participants partager leurs parcours. Il y a là des gens très différents, avec des histoires riches. Et peu à peu, quelque chose se met en place. 


Ce qui lui parle dans cette approche de la spagyrie, c'est la liberté. Pas de recettes imposées. Pas d'objectifs à atteindre. Le processus prime sur le résultat. Elle ne veut pas « réussir » l’alchimie, elle veut la vivre.


Le module 7 commence le 8 novembre — un jour de pleine lune. Pour elle, ce n'est pas un hasard. L'exercice d'écriture de midi ? "Ce n'est pas facile d'écrire le midi au boulot ». Alors elle adapte : le soir, en rentrant, elle suit le programme, pose ses pensées, allume une bougie. Elle finit par trouver son propre rythme.


Les exercices en extérieur pieds nus sont aussi une question. Autour d’elle, c’est du goudron partout. Alors elle adapte encore : le salon orienté à l'est, le balcon quand le soleil est là. Elle fait avec ce qu'elle a et c'est déjà une leçon d'alchimie.


Mais ce qui marque vraiment cette période, c'est le travail sur sa part d'ombre. Annie se retrouve confrontée à ses projections, sur ses collègues de travail, sur son environnement. Annie voit comment elle reporte sur l'extérieur ce qui vient d'elle.


« Je savais que j'en avais conscience, mais c'était loin. Là, je suis en plein dedans. C'est très intéressant, très important pour moi. »


C’est la pratique de communication végétale qui va tout changer dans sa relation aux plantes. Sa méthode : la vision et le toucher.


Dans le courant de l’année de formation, Annie a déjà modifié son quotidien. Elle a remplacé son trajet quotidien entre chez elle et  son lieu de travail par la marche. Il n’en reste pas moins qu’elle doit passer tous les jours devant la gare. Un endroit bruyant, qu'elle traverse à pas rapides, la tête dans ses pensées. Jusqu'au jour où, sans savoir pourquoi, son regard se pose sur un ensemble de plantes dans un recoin inattendu.


Et là, Annie la voit.


La passiflore. Sa beauté l’éblouit. L'une des fleurs les plus complexes de la nature, une architecture extraordinaire, est là, nichée entre le béton et le bruit d'une gare. Elle s'arrête. Elle demande à la fleur si elles pourraient collaborer ensemble. Et pour guetter la réponse, Annie observe les abeilles et les insectes qui butinent. En les voyant s'affairer sur la fleur, Annie comprend : c'est peut-être l'invitation qu'elle attendait.


« L'ayant découverte dans un endroit inattendu, sa beauté m'a éblouie. Je m'interrogeais ou plutôt, j'ai demandé aux abeilles et insectes si elle pouvait être ma plante-guide. Les voyant la butiner, j'en ai déduit que c'était peut-être l'invitation que j'attendais. »


Ce qui touche le plus dans cette rencontre, c'est le passage de l'indifférence à la présence. Annie connait cet endroit depuis des années. « Je traversais à pas rapides cet endroit bruyant, puis un jour, je ne sais pourquoi, mon regard s'est porté sur un ensemble de plantes — et je l'ai vue... et elle m'a plu. »


La passiflore, plante des systèmes nerveux fatigués, pousse dans les endroits improbables. Elle était là depuis le début. C'est Annie qui n'était pas encore disponible pour la voir.


À la fin de la formation, Annie partage quelque chose de simple et de fort.


Elle habitait dans cette grande ville depuis des années sans voir les plantes autour d'elle. Et maintenant ? Elle les voit partout. Dans les fissures du béton, dans les recoins des cours intérieures, dans les espaces improbables entre les immeubles.


« J'étais entourée de plein de végétation, et des fois dans des endroits surprenants — des endroits où je n'aurais jamais pu imaginer. Ça a éveillé mon observation, ma conscience de mon environnement. »


Mais ce n'est pas seulement le regard sur la nature qui a changé. C'est aussi la confiance en soi.


« Je ne pensais pas que je pouvais être autonome dans le travail de préparation de l'élixir. Je pensais pas que je pouvais le faire tranquillement chez moi. Et ça, ça a eu une conséquence dans mon travail : faire des choix dans le temps et dans le lieu que j'ai choisis. »


L'alchimie a nourri quelque chose de plus profond : la capacité à décider, à choisir le bon moment, à ne plus subir le rythme imposé. A tel point que ce qui s'est passé dans le bocal d’élixir s'est répercuté dans sa vie professionnelle.


Et sur le plan spirituel, le changement est radical :

« Par rapport à ma réflexion intérieure, par rapport à ma spiritualité — j'ai une approche spirituelle qui est toute différente. »


Annie précise, avec humilité : ce n'est pas fini. C'est un début. « Ce sont les prémices. » Mais ces prémices ont déjà tout transformé.


« J'espère que 2023 va continuer à me réveiller et à me révéler au niveau de l'alchimie végétale. C'est vrai que j'ai fait le souhait pour 2023 d'être encore plus en harmonie avec ce monde. »


« Je suis très très contente d'avoir choisi de suivre la formation. En plus de simplicité, parce que vivant en ville, je ne voyais rien autour de moi. Et j'ai pris conscience en fait que j'étais entourée de plein de végétation. »


« C'est les prémices. Et donc par rapport à ma réflexion intérieure, par rapport à ma spiritualité — c'est pas fini. C'est un cheminement qui est commencé. C'est un apprentissage. Et voilà, qui ouvre beaucoup de portes et beaucoup de possibles. »


Mon retour :


Ce qui me touche dans le parcours de Annie, ce n'est pas seulement qu'elle ait appris à voir les plantes là où elle ne les voyait plus. C'est la manière dont ce changement de regard s'est diffusé peu à peu dans le reste de sa vie.


Lorsque Annie est entrée dans la formation, elle avait le sentiment d'être coincée entre deux réalités. D'un côté, son travail, qu'elle appréciait mais qui occupait une place importante dans son quotidien. De l'autre, un désir latent de nature, d'espace et de simplicité. Comme beaucoup de personnes vivant en ville, elle imaginait parfois que la vie qu'elle souhaitait commencerait ailleurs, plus tard, dans un autre lieu.


La rencontre avec la passiflore est venue bousculer cette idée.


Peu à peu, Annie a cessé de regarder uniquement ce qui lui manquait. Son attention s'est ouverte à ce qui était déjà présent autour d'elle. Les plantes sont apparues sur ses trajets quotidiens. La marche a remplacé une partie des transports. Les saisons ont recommencé à exister dans son emploi du temps.


Ce déplacement du regard a eu des conséquences inattendues dans sa vie professionnelle. Les tensions avec certains collègues, qui occupaient beaucoup de place dans ses pensées, ont commencé à perdre de leur emprise. Là où elle subissait auparavant certaines situations, elle a progressivement trouvé les mots pour exprimer ses besoins, poser des limites et se faire respecter sans entrer dans le conflit.


Son projet de quitter un jour la ville n'a pas disparu. Il continue d'exister. Mais il ne porte plus la même charge de tristesse ou d'attente. La nature n'est plus seulement un rêve situé ailleurs. Elle fait désormais partie de son quotidien.


La passiflore lui a peut-être transmis cela : il n'est pas toujours nécessaire de changer immédiatement de vie pour commencer à habiter autrement celle que l'on a déjà.