L'angélique, le ciel et la terre

Histoire d’Annie

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Histoire d’Hélène et de l’Angélique

Acupunctrice · Soixantaine ·Centre de la France· Angélique

Temps de lecture : 7 minutes

Peu avant de commencer à s’intéresser à l’alchimie végétale, Hélène se souvient d’un événement qui a été un déclic pour elle. Elle venait de terminer un soin à domicile et, en repartant à pied, elle passe devant un grand arbre. Soudain, quelque chose retient son attention, l’incite à s’arrêter. Ses baguettes sont avec elle et, comme souvent, c’est à elles qu’elle confie ses questions. Elles semblent lui indiquer que le lieu à besoin d’un soin, en lien avec le grand arbre dont la présence avait arrêter sa marche. 

Voilà des années qu'Hélène travaille ainsi, à l'écoute de ce que la plupart des gens ne perçoivent pas. Soigner les autres, c’est sa voie, son choix. Mais pour la première fois, la nature, un lieu végétal l’appelle pour un soin. C’est donc à la recherche d’outils de soin qu’elle s’est dirigée vers la formation « de la plante à l’élixir ». Ce qu'elle ignorait à ce moment-là, c'est qu'une plante s'apprête à lui demander l'inverse. Non plus de soigner, mais de se laisser, pour une fois, défaire.

Hélène a soixante-trois ans et toute une vie derrière elle. Elle a commencé les mains dans la terre, dans la ferme de ses parents. Adulte, elle choisit d’abord la continuité, avec la culture de plantes médicinales, avant de poursuivre vers le subtil : depuis plus de trente ans, elle pratique l'acupuncture et la médecine chinoise. Deux versants, en somme, la terre d'un côté, les énergies de l'autre, qui au final, ne se sont jamais tout à fait rejointes. Et un attachement, parfois teinté de nostalgie, au travail avec les plantes, par où tout avait commencé.

« Il me manquait le lien au végétal, que j'avais commencé à créer au début de ma vie d'adulte, mais que j'ai abandonné. Avec la spagyrie, je fais une boucle, une grande boucle. »

C'est pour retrouver ce fil qu'Hélène s'engage, à un âge où d'autres rangent leurs outils, dans une formation d'alchimie végétale d’une année entière. Ce temps long lui convient. Il est en accord avec le cycle de vie des plantes qu’elle cherche à retrouver. La culture des plantes médicinales, autrefois, l'avait laissée sur sa faim.

« C'était un début, mais ce n'était pas suffisant. Je n'étais pas nourrie au niveau de mon âme, j'étais plus dans le faire, dans l'action. »

Ce qu'Hélène vient chercher tient en une phrase, posée au premier atelier comme un vœu : retourner à la source, être dans l'unité, ne plus être séparée.

La plante qui s’impose

Au début du parcours, chacun choisit une plante, une seule, pour l'année durant. Les autres participants délibèrent, hésitent. Hélène, non : sa plante guide s'annonce d’elle-même, sans ambiguïté.

« Ce n'est pas moi qui l'ai choisie, c'est elle qui est venue frapper très fort. C'est l'angélique. »

Se découvrir choisi par sa plante plutôt que de la choisir : c'est l'une des grâces que réserve parfois l'alchimie végétale.

Pour Hélène, c'est un premier lâcher-prise, et déjà une autre façon de se sentir reliée au vivant que par le soin. Le choix, d'ailleurs, a du sens. L'angélique est une haute plante qui porte ses fleurs très loin du sol, qu'on dit douce et proche des humains. On dit, en spagyrie, que l’Angélique a la tête dans le ciel et les pieds sur terre. C'est, trait pour trait, le fil qu’Hélène cherche.

 Au moment de la cueillir, Hélène en prend soin plus que d'elle-même.

« Je n'ai pris que les feuilles. Elle n'était pas en floraison, et je n'ai pas voulu la déraciner. »

Ce que l'angélique lui demande

Hélène voulait aller à l'essentiel. L'angélique la prend au mot, et ne s'embarrasse d'aucun détour. Dès les premières semaines, la plante anime en elle ce qui dormait depuis longtemps : de vieilles croyances, la mémoire de sa lignée, des douleurs qu'Hélène ne savait plus dater.

« Ça a touché les racines familiales, et même les vies antérieures. Le résultat, c'est que je me retrouve seule. Pour retourner à l'unité, ce n'est pas si mal, mais c'est extrêmement douloureux. »

Pour retourner à l'unité, il lui faut d'abord traverser la solitude.

Voilà ce que la plante réclamait : non pas qu'Hélène soigne, mais qu'elle se laisse transformer. Ainsi, celle qui soutient les autres depuis trente ans devient, le temps d'une année, celle qui est soutenue. Et il y a, dans ce renversement, autant de soulagement que d'épreuve : pour une fois, Hélène n'a rien à donner, seulement à recevoir.

Vers le milieu du parcours vient le passage le plus rude, celui du feu. Hélène le ressent jusque dans son corps.

« Ça a été très physique, ça a beaucoup travaillé sur mes structures profondes. »

Plus tard, à l'approche de l'hiver, un autre passage attend Hélène, qu'elle résume d'une image très parlante.

« C'est un passage très, très difficile, à tous les niveaux. Je suis passée dans la machine à laver : ça m'a nettoyée au niveau émotionnel, physique, spirituel. »

Hélène n'a pas toujours pu garder la plante auprès d'elle, et cela a fini par n'avoir aucune importance : l'angélique avait cessé d'être au-dehors pour travailler du dedans.

« Elle est tellement en moi que le lien est permanent. Quelquefois, c'est même un peu trop fort. Je me suis demandé si cette plante guide n'était pas trop forte, ou moi trop faible. »

Une bougie, et c'est tout

Tout au long de l'année, Hélène ne cesse d'interroger l'angélique.

« Peux-tu me montrer le chemin pour aller vers mon vrai moi ? Peux-tu me guider vers mon nouveau lieu de vie, vers mon nouveau mode de vie ? »

Au fond, ses questions disent toutes la même chose : comment faire descendre dans sa vie, dans un lieu, dans un corps, ce qu'Hélène touche depuis trente ans par l'esprit. C'est peut-être là son vrai travail. Non pas s'élever, elle sait le faire, mais incarner. Faire enfin se rejoindre ses deux versants, la terre et le ciel, la matière et l'esprit.

Quand l'année s'achève, le groupe prépare un dernier rituel de remerciement. Chacun imagine le sien. Certains rêvent d'étoffes, de symboles, de gestes. Hélène prend une autre direction, et retire tout.

« Ce qui m'est venu, c'était évident : épuré au maximum, sobriété. Rien. Une bougie, et c'est tout. »

Une bougie, et c'est tout.

Une flamme, c'est droit, et cela relie le sol à la hauteur. Cette flamme unique est, dit-elle, le germe divin, l'esprit venu se loger dans la matière, le ciel descendu dans le corps. La source qu'Hélène était partie chercher si loin brûle là, petite et tranquille, devant elle. Le fil lâché au commencement, l'angélique l'a renoué. Reste à trouver, au-dehors, le lieu où poser cette vie enfin réunie. Mais la verticale, elle, tient déjà.

 

Mon retour

Lorsque Hélène est entrée dans la formation, elle arrivait avec une question profonde : comment revenir à la source, comment retrouver une forme d'unité intérieure après une vie passée à accompagner les autres.

Cette question paraît simple lorsqu'on l'énonce. Pourtant, elle engage parfois bien davantage que ce que l'on imagine au départ. Car lorsqu'une personne demande sincèrement à revenir à l'essentiel, il arrive que tout ce qui l'en éloigne devienne soudain visible.

Dans le cas d'Hélène, l'angélique n'est pas venue apporter du réconfort ou des réponses toutes faites. Elle a mis en lumière des couches anciennes de son histoire, des attachements, des blessures et des fidélités invisibles qui demandaient à être regardés depuis longtemps.

Ce travail a été exigeant. Par moments, douloureux. Mais il a produit quelque chose de rare : un réalignement profond entre ce qu'Hélène savait intérieurement et la manière dont elle vivait concrètement sa vie.

Au début du parcours, elle parlait souvent d'unité. À la fin, cette unité n'est plus seulement une aspiration spirituelle. Elle possède un visage, un lieu, des racines. Hélène a trouvé l'ancrage qu'elle cherchait. Elle a trouvé le lieu où poser cette nouvelle étape de son existence. Ce qui était autrefois une quête est devenu une réalité vécue.

Lorsque je repense à son parcours, ce n'est pas la difficulté que je retiens en premier. C'est le courage. Le courage d'aller jusqu'au bout d'une question que beaucoup de personnes portent toute leur vie sans jamais oser vraiment l'affronter.

L'angélique lui a appris que le ciel et la terre ne sont pas deux directions opposées. L'un ne vaut pas sans l'autre. Et c'est peut-être cela, au fond, que Hélène est venue conquérir durant cette année : non plus choisir entre l'enracinement et l'élévation, mais apprendre à les relier.


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