L'histoire de Benjamin et de l'Aloe vera
L'aloe vera qui attendait
Thérapeute énergétique · 30-35 ans · Sud de la France · Aloe vera
Temps de lecture : 6 minutes
Il y a des gens qui cherchent comme on creuse, persuadés que ce qu'ils désirent se gagne au bout de l'effort. Benjamin est de ceux-là. À un peu plus de trente ans, il vient de refermer une longue parenthèse professionnelle de service en salle de restaurant pour ouvrir son cabinet de thérapeute énergétique. Il aborde ce métier comme il a l’habitude d’aborder sa vie : en voulant l'éprouver lui-même, cheminer par lui-même, expérimenter.
« J'ai un intérêt vraiment passionné pour tout ce qui touche au corps, à l'âme, à l'esprit. Je fouille un peu pour trouver et créer mon propre chemin. »
Beaucoup d’aspects de sa vie sont réglés avec précision : il pratique le yoga chaque matin, consulte le ciel avant d'arrêter une date qui compte, et s'est promis, dès le premier jour de la formation en alchimie végétale, de tenir une discipline de pratique et de recherche.
La formation d'alchimie végétale où il s'engage tient sur une année. Chacun y choisit une plante et l'accompagne, mois après mois, à travers toutes les étapes de sa lente transformation, jusqu'à en tirer son élixir. Benjamin y entre décidé à bien faire. Et l'année va lui enseigner une chose surprenante pour une personne volontaire : que sa discipline n'est pas faite pour hâter le mouvement, mais pour le tenir prêt à recevoir ce qui se présente .
La plante qui était partout
Au commencement, Benjamin ne trouve pas sa plante. Il l'avait pressenti dès l'entretien d'entrée : ce n'est pas la discipline qui le bloque, c'est la volonté d’être présent sur tous les fronts de sa vie très active. Sa tête est prise par les mille tâches du lancement de son activité de thérapeute, ce qu'il appelle joliment « les arbres du quotidien ». Concernant sa plante, plus il guette une réponse, moins elle vient.
« J'avais l'impression que je passais à côté, que je n'arrivais pas à connecter. Et à un moment, j'ai dit : bon, je lâche prise. Je pose la question, et je reste ouvert, en réceptivité, attentif tout en restant dans le quotidien. »
A un moment donc, Benjamin cesse de tirer sur la réponse pour la faire venir. Et à l'instant où il desserre, la plante se montre. Et, clin d’oeil de dame Nature, cette plante était déjà discrètement présente partout autour de lui : dans son gel douche, dans son liquide vaisselle, partout dans sa maison. Jusque dans le lieu qui décide de sa vie d'après.
« Dans mon projet, le local qui m'avait été amené, c'était la maison de l'aloe vera. C'était là depuis le début, mais je ne l'avais pas vraiment regardé. »
Le local où Benjamin recevra ses premiers patients porte déjà le nom de sa plante.
Le choix, s'il faut l'appeler ainsi, a la force de l'évidence. L'aloe vera est une plante du désert qui garde au creux de ses feuilles une réserve d'eau vive, et tire de cette réserve un gel qui referme les plaies. Elle ne dépend pas de la pluie : elle tient sa propre eau, et c'est de ce qu'elle garde qu'elle soigne. On la pose depuis toujours au seuil des maisons, pour veiller.
Voilà la patronne que se découvre Benjamin au moment d'ouvrir sa porte de soignant : une gardienne discrète, qui ne réclame rien et qui guérit de ses propres ressources. Et il en retire un soulagement qu'il n'attendait pas.
« Il faut savoir lâcher prise, regarder vivre, et ne pas courir après le temps. J'ai eu un soulagement quand j'ai vu qu'il suffisait d'être dans le chemin, sans vouloir brûler les étapes. »
Le soir où le bon moment n'était pas le moment prévu
Ça y est, Benjamin a trouvé sa plante. Fidèle à ses habitudes, il a tout prévu pour commencer le travail de sa plante dans les règles : il a repéré un plant d’aloe vera proche de chez lui, il a étudié le cycle de la lune et attend la prochaine nouvelle lune pour procéder à la cueillette.
Mais un soir, monté sur l'oppidum voisin pour admirer le coucher du soleil, une certitude le saisit pendant que sonne le téléphone : c'est ce soir qu'il faut prélever la plante, et non à la date qu'il s'était fixée.
Il n'a rien sur lui pour le faire. Plutôt que de remettre au lendemain et au protocole, Benjamin s'y emploie, recommence, finit par y parvenir.
« J'avais rien du tout pour le prélèvement, j'ai galéré. Mais c'était maintenant qu'il fallait le faire. C'était très, très puissant. »
Ce n'est que de retour chez lui qu'il mesure pourquoi ce soir-là comptait. Sans le savoir, Benjamin a prélevé sa plante le jour anniversaire de son grand-père, parti l'année précédente, à l'heure où la lumière s'incline. Le plan qu'il avait dressé n'aurait jamais produit cette justesse. Pour un homme qui veille au bon moment, la leçon est de taille : le bon instant n'est pas toujours celui que l'on inscrit au calendrier, et savoir s'y plier quand il se présente vaut mieux que tenir son programme.
« C'était plein de cohérence. »
Ce que l'ouverture du bocal fait remonter
Les mois passent, et la plante poursuit son travail. Aux portes du printemps, Benjamin ouvre le bocal où l'aloe vera a macéré. Le geste est presque anodin. Pourtant, dès qu'il en soulève le couvercle, le voilà ailleurs.
« Au moment de l'ouverture du bocal, j'ai eu une espèce de nuage de je ne sais quoi qui m'a amené ailleurs. Plus rien n'existait autour : c'était ma bulle, avec la plante. »
Dans cette bulle, c'est un temps plus ancien qui revient.
« J'ai eu comme une régression en enfance. Je me suis vu avec la nature, dans des moments simples. »
La plante, qui garde l'eau vive au creux d'elle, lui rend ce jour-là une eau plus ancienne : ses étés simples, ses souvenirs de dehors, un grand-père encore proche. Ce que l'aloe conserve, ce n'est pas seulement sa sève, c'est ce qui était vivant en lui depuis le commencement. Benjamin en ressort apaisé, traversé d'une gratitude qu'il n'avait pas vue venir.
La discipline qui n'attend plus rien
Au fil des ateliers, Benjamin installe la régularité qu'il s'était promise. Douches rituelles à six heures, puis à quatorze, puis à vingt-deux. Longues marches en pleine nature, où les pensées se dénouent. Cette discipline prolonge ses séances de yoga et lui tient lieu de colonne pendant que tout le reste se met en place.
« J'ai maintenu les douches rituelles le matin. Je les ai maintenues parce que ça va bien avec ma discipline, que je mets en place petit à petit. »
Mais quelque chose, dans sa manière de tenir, est en train de changer. Le chercheur des premiers jours attendait les résultats de ses efforts, et s'inquiétait quand rien ne venait. Au fil des jours, Benjamin découvre que les choses tombent justement lorsqu'il cesse de les attendre, comme des fruits qu'on ne cueille pas avant l'heure.
« C'est un peu dur mentalement d'être dans cette discipline et d'attendre des choses qui ne viennent pas. Mais au bout d'un moment, presque quand on oublie ce qu'on attend, ça arrive. »
Benjamin garde la cadence et lâche l'attente. Sa discipline ne sert plus à hâter quoi que ce soit, elle le tient prêt. Comme l'aloe garde son eau sans guetter la pluie, Benjamin entretient sa forme sans guetter la récompense, et le chercheur fébrile du début goûte une chose neuve pour lui : la confiance.
Sa discipline, elle, n'a pas changé. C'est ce qu'elle sert désormais qui a changé : non plus forcer, mais veiller.
Peut-être est-ce là le signe le plus visible de cette transformation.
MON RETOUR
Ce qui me frappe lorsque je repense au parcours de Benjamin, ce n'est pas ce qu'il a appris, mais ce qu’il a osé faire.
Lorsque Benjamin commence la spagyrie, il se trouve à un moment charnière de sa vie. Il quitte progressivement un métier qu'il connaît pour s'engager pleinement dans une activité de thérapeute énergétique. Comme beaucoup de personnes sérieuses et engagées, il veut bien faire. Comprendre davantage. Vérifier encore. Se préparer un peu plus.
La discipline ne lui manque pas. La motivation non plus. Mais il existe parfois une frontière subtile entre la préparation et l'attente. Entre le désir de faire les choses correctement et la difficulté à franchir le seuil.
Au fil de l'année, j'ai vu quelque chose se déplacer chez lui. Moins de tension. Moins de besoin de maîtriser chaque étape. Moins de volonté de tout comprendre avant d'agir. À la place, une confiance plus solide, plus calme, capable d'avancer même lorsque toutes les réponses ne sont pas encore connues.
Cette évolution a eu des conséquences très concrètes. Benjamin n'est pas resté dans la réflexion. Il a ouvert son cabinet. Il a commencé à recevoir ses premiers patients. Il est passé de la préparation à l'action.
Je crois que c'est l'un des grands enseignements de l'Aloe vera dans son parcours. Cette plante ne gaspille pas son énergie. Elle conserve ses ressources et poursuit sa croissance dans des conditions parfois exigeantes. Elle ne cherche pas les circonstances parfaites. Elle utilise pleinement ce dont elle dispose.
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